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La carte des formations proposée par la région et le rectorat présente peu de modifications. Cela est certainement en rapport avec la difficulté croissante des entreprises à définir leurs besoins en main d’œuvre qualifiée même à court terme, difficulté aggravée en période de crise. La région persiste pourtant à vouloir définir les besoins de formations en fonction de l’implantation des secteurs qui seraient porteurs d’emplois tout en se défendant, bien sur, de tout adéquationnisme formation/emploi.
Peu de changemens, donc, et nous prenons acte du solde positif fermetures/ouvertures. Si nous faisons le bilan sur les 6 dernières années le bilan est nettement moins enthousiasmant puisque durant cette période ce sont près de 340 ETP qui ont été supprimés entrainant de nombreuses fermetures de sections et une diminution de l’offre de formation sous statut scolaire.
L’augmentation des places sous statut scolaire aux niveaux V et IV se fait par l’augmentation des capacités d’accueil. Seules deux ouvertures de sections apparaissent mais en lien avec des fermetures qui permettront de reventiler les moyens.
Les élèves sortant de SEGPA trouvent-ils encore tous des solutions pour intégrer un niveau V? Une nouvelle section de CAP est transformée en bac pro, ce qui réduit encore l’offre de formation pour les publics les plus fragiles issus de SEGPA, Ulis, primo arrivants, …etc. Depuis quelques années cette tendance a pour effet d’augmenter les capacités d’accueil dans les sections de CAP. Au départ, prévues pour 12 élèves, ces sections reçoivent maintenant pour la plupart 15 élèves. Pire, les moyens et la pérennité des formations étant en lien avec le taux de remplissage, la politique dans certains établissements consiste à sur-recruter pour anticiper les éventuels décrochages (qui ne sont pas rares dans ces conditions). Parfois la forte demande pour ces formations et l’afflux de primo arrivants implique le dépassement de la capacité d’accueil au-delà de 15 élèves. Les conditions de travail étaient déjà difficiles pour les enseignants avec 12 élèves, avec 15 cela devient mission impossible et, au-delà, les effets induits tournent le dos aux objectifs affichés par la région et le rectorat de permettre à ces publics d’acquérir au moins un diplôme de niveau V. Nous vous demandons, Madame le Recteur de prendre en compte cette situation et de ramener l’effectif des sections de CAP à 12 élèves.
Les fermetures ou mises en vigilance des sections de bac pro portent toutes sur la filière industrielle. Une majorité correspond pourtant aux pôles prioritaires définis par la région : mécanique-productique, maintenance, électricité, plastiques et composite. Notre pays souffre d’une vague de désindustrialisation, réduire les possibilités de formation qualifiée dans ce secteur ne ferait qu’accélérer le processus. L’image de ces formations, qui offrent pourtant de réelles possibilités d’insertion, est faussée auprès des jeunes qui les délaissent. Il serait donc urgent que rectorat et région mettent sur pied une campagne de promotion et de revalorisation de ces formations, particulièrement sous statut scolaire.
Nous nous interrogeons sur le bien fondé de la fermeture de la section "fonderie" de Chartres. Une seule section de ce type dans l’académie, implantée à Vierzon, permettrait de suivre cette formation. Lors de la création des lycées des métiers, les pôles électriques et mécaniques ont été redirigés vers Bourges et Vierzon, villes distantes de 39 km pour augmenter les taux de remplissage. Très peu d’élèves ont suivi les formations malgré la faible distance. C'est le privé, en ouvrant les formations déplacées, qui a bénéficié de l'opération ! On peut donc craindre que le recrutement se fasse localement sur Vierzon et que le nombre de jeunes diplômés ne soit pas suffisant pour répondre aux besoins des entreprises. Nous entendons la nécessité de rénover les plateaux techniques et la réticence de la région à investir des sommes importantes sur les deux sites. Elle est pourtant moins regardante lorsqu’il s’agit de développer l’apprentissage pour lequel, rappelons-le, un jeune formé par cette voie, tous niveaux confondus, coûte 26 % plus cher qu’un jeune scolarisé.
Nous constatons l’ouverture de 4 BTS en LP. Ces implantations rendrons plus attractives les filières de bac pro propédeutiques à ces formations. Les spécialités choisies sont en lien direct avec les priorités régionales. Une interrogation toutefois, le BTS maintenance est implanté à Gien pour répondre, notamment, à la demande des centrales nucléaires environnantes. Pourquoi dans le même temps réduire la capacité de la même formation implantée à Chinon et qui doit être sollicité de la même façon par la centrale nucléaire voisine ?
La carte des formations est élaborée conjointement par la région et le rectorat, suite à la loi du 8 juillet 2013. Dans son rapport sur la carte des formations professionnelles, qui sera présenté lors de l'Assemblée régionale de décembre, le président de région souligne le nécessaire équilibre à atteindre entre voie scolaire et apprentissage sans mise en concurrence. Pourtant le gouvernement s’est fixé comme objectif le développement de l’apprentissage : passer de 440 000 apprentis à 500 000 à l’horizon 2017. On nous vante les nombreux avantages de cette voie de formation et particulièrement la meilleure insertion des jeunes qui l’ont choisie. Pourtant, bien que la région Centre soit au 4ème rang pour la part des jeunes accédant à l’apprentissage, le taux de chômage de cette catégorie de demandeurs d'emploi y est supérieur à la moyenne nationale ! Si la carte des formations n’est construite que sur le développement de l’apprentissage, facilité par le rôle de plus en plus important de la région dans l’élaboration de ces cartes et par la volonté de s'arroger le pilotage de l’orientation, si l'objectif principal de la Région est de répondre aux besoins immédiats des entreprises, qui ont pourtant du mal à exprimer leurs besoins, si l’élévation du niveau de qualification n’est pensée que par le remplacement mécanique d’un niveau de formation par le niveau supérieur, notre académie n’est pas prête de régler ses problèmes en termes de décrochage, d’emploi des jeunes et d’élévation du niveau de qualification.
Seule une vision à moyen terme, prenant en compte, non pas des chiffres bruts, mais la réalité de notre région et des ses spécificités, les études qui montrent, par exemple, qu’un des facteurs de sous qualification est justement le surdéveloppement de l’apprentissage au niveau V, permettra d’élaborer une carte des formations répondant aux problèmes que nous rencontrons.